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Photo © Photo Emeric Enaud

Théo Curin dans le grand bain olympique

Le pensionnaire du pôle France jeunes handi-natation, au Creps Vichy-Auvergne, fait partie des 18 athlètes chargés de travailler à la préparation des JO de Paris 2024. Un événement auquel il compte aussi participer sportivement.

Il vient juste d'avoir 18 ans et baigne au milieu de grands noms du sport tels que le quintuple champion olympique Martin Fourcade, l'ancien champion du monde de 400 m haies, Stéphane Diagana ou encore Florian Rousseau, trois fois médaille d'or aux JO en cyclisme sur piste.

Il n'a que 18 ans mais Théo Curin, derrière son visage juvénile, affiche déjà une maturité étonnante. Celle d'un sportif de haut niveau qui a été confronté très tôt au handicap, a prouvé sa force de caractère dans les bassins et en dehors, est devenu le benjamin de la délégation paralympique française à Rio, et vient d'être nommé au sein de la commission des 18 athlètes chargée de travailler à la préparation concrète des jeux Olympiques de Paris 2024.

Il n'a que 18 ans mais le nageur du pôle France jeunes handi-natation, au Creps Vichy-Auvergne, donne l'impression d'avoir déjà vécu plusieurs vies. La première bascule à l'âge de six ans, lorsqu'il contracte une méningite bactérienne. Le diagnostic est terrible, d'une grande violence. « Les médecins ont annoncé à mes parents que l'on devait m'amputer des quatre membres », indique Théo.

Un livre va redonner un peu de baume au cœur de la famille Curin. Celui de Philippe Croizon (*), souffrant du même handicap et qui se distinguera 5 ans plus tard en traversant la Manche.

« Ma mère lui a écrit une lettre qui l'a bouleversé. Un peu plus d'un an après, il m'a invité à venir le voir s'entraîner à la piscine de Châtellerault », explique Théo Curin, qui est alors invité à le rejoindre dans l'eau. Mais cette première immersion n'a rien d'une révélation pour le petit garçon d'alors. Au contraire. « Je détestais l'eau, je ne me sentais pas à l'aise. Je suis sorti rapidement de la piscine. C'est une fois rentré à la maison que je me suis dit : "je veux faire comme Philippe Croizon". »

Philippe Croizon pour exemple


Théo Curin signe sa première licence au Handisport Lunéville. Et enchaîne les longueurs. Le jeune nageur se fait remarquer par Robert Fassolette, responsable du pôle France jeunes handi-natation. Ce dernier le convainc de poser ses valises au Creps de Vichy.

À seulement 13 ans, le Lorrain quitte sa famille et ses racines pour connaître les exigences d'une vie de sportif de haut niveau. « C'était dur au départ, bien sûr. Je n'étais pas aussi autonome que maintenant », reconnaît-il. Mais encore une fois, la volonté de ce garçon hors norme lui permet d'encaisser le rythme du quotidien : un réveil à 5 h 40, un premier entraînement à 7 heures avant la journée de cours, puis une deuxième séance en piscine de 18 heures à 20 heures. « Après ça, on dort bien ! », sourit-il.

Tous ces sacrifices ont porté leurs fruits. Pas encore de titre au niveau international mais des podiums. Et surtout, une reconnaissance de ses pairs qui lui vaut aujourd'hui de faire partie des 18 athlètes sélectionnés pour préparer les Jeux de Paris 2024. « Ça semble fou. On est vraiment au cœur du projet », se réjouit Théo Curin qui était déjà présent aux côtés de Teddy Riner lors du lancement du slogan de la candidature parisienne (« Made for sharing »), avant de participer à la première réunion de la commission des athlètes, le 12 avril à la Cité du cinéma, à Saint-Denis, site du futur village olympique, où il a pu rencontrer le réalisateur Luc Besson.

« Changer le regard des gens sur le handicap »


Parmi toutes ces étoiles, le jeune nageur se sent à sa place. Surtout, il ne perd pas de vue son objectif : « Changer le regard des gens sur le handicap. J'aimerais que nous ne soyons plus perçus comme des personnes handicapées faisant du sport mais plutôt comme des sportifs de haut niveau qui ont un handicap. »

Théo compte sur la caisse de résonance médiatique des JO pour faire évoluer les mentalités. Avec son sourire, toujours accroché au visage, et sa capacité à tourner son handicap en dérision. Mais l'horizon olympique est avant tout un enjeu sportif pour lui. Quatrième pour ses premiers Jeux à Rio, il compte bien cette fois « monter sur la boîte ». Dès 2020, à Tokyo. Et pourquoi pas un sacre à Paris en 2024. « Les Jeux, il n'y a rien de comparable, tout est énorme. Y participer dans son pays, devant son public, ça me fait rêver. » Théo Curin aura alors 24 ans. L'âge de la maturité pour un athlète de haut niveau. Et un chapitre de plus dans une vie déjà bien remplie.

(*) « J'ai décidé de vivre », paru en 2006.


Théo Curin :

Naissance. Le 20 avril 2000 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle).

Cursus scolaire. Théo Curin est en 1re sciences et techniques de la santé et du social au lycée pro Valery-Larbaud.

Club. Licencié depuis ses débuts au Handisport Lunéville.

Pôle France. Pensionnaire depuis 5 ans au pôle France jeunes handi-natation hébergé au Creps Vichy-Auvergne.

Palmarès international. Vice-champion d'Europe 2016 du 200 m nage libre (NL) ; 4e des Jeux paralympiques de Rio 2016 en 200 NL ; vice-champion du monde 2017 des 100 et 200 NL à Mexico.

Catégorie. Handicap S5 (sur une échelle allant de 1, pour les handicaps les plus lourds, à 10, pour les déficiences motrices les pus légères).

Les 18 athlètes chargés de travailler à la préparation des JO de Paris 2024. Martin Fourcade, biathlète, président de la commission, quintuple champion olympique ; Perle Bouge, paralympique, aviron ; Julien Benneteau, tennis, médaillé olympique à Londres ; Florian Rousseau, cyclisme sur piste, triple champion olympique ; Gévrise Emane, judo, médaillé de bronze à Londres ; Théo Curin, paralympique, natation ; Hélène Defrance, voile, médaillée de bronze aux JO de Rio ; Michael Jérémiasz, paralympique, tennis, médaillé de bronze à Londres ; Marie Bochet, ski alpin, octuple championne olympique ; Astrid Guyard, escrime ; Stéphane Diagana, ancien champion du monde du 400 mètres haies ; Jessica Harrison, triathlète ; Guillaume Gille, handball, double champion olympique ; Marine Johannès, basket-ball ; Lucas Créange, paralympique, tennis de table ; Gwladys Epangue, taekwondo ; Fabien Gilot, natation, triple médaillé olympique ; Fanny Horta, rugby à 7.

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