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Sports-Auvergne Handisport
Photo © Julien Moreau

Pas de mots mais beaucoup de coeur

Sarah Livran, 26 ans et Athina Pawlikowski, 16 ans et atteinte de surdité, forment un duo un peu particulier au pôle France handisport natation du Creps de Vichy. 

C'est une histoire de premières fois. Athina Pawlikowski est la première nageuse sourde et muette à intégrer une structure d'entraînement de haut niveau. Pour l'accompagner dans son quotidien d'étudiante-sportive, Sarah Livran, une « accompagnatrice signante », a été recrutée par le Creps. Car il faut aider la jeune nageuse dans toutes ses tâches du quotidien. À l'entraînement, à l'école, chez le médecin, etc. 

Sarah est également employée par l'éducation nationale pour suivre Athina durant la journée. « Je suis avec elle en cours. Je prends des notes pour elle, elle lit en même temps et si elle ne comprend pas, je reformule pour elle. Je l'aide aussi pour ses devoirs. »

« Je suis ses oreilles et sa voix durant la journée »

C'est la première fois qu'Athina se retrouve, d'une part, loin de chez elle et de sa famille et, d'autre part, dans une classe non spécialisée. Sourde et muette de naissance, elle vivait avec ses parents qui ont le même handicap. Elle nécessite une attention de tous les jours. Les deux jeunes femmes, toutes les deux originaires de Toulouse, forme un binôme à part entière. « Il faut qu'elle me fasse confiance. Je suis ses oreilles et sa voix durant la journée. » 

Un lien particulier s'est créé entre elles. Une aide précieuse, une amie. Mais il faut néanmoins conserver une certaine distance. « Elle a son espace à elle. Ca n'a pas été facile, au début, de mettre de la distance. Mais il faut se dire les choses qui ne vont pas. C'est une année importante pour elle », assure Sarah.

En seconde au lycée Albert-Londres, Athina est dans la même classe que deux autres nageurs du pôle, Maël et Emeline. Autour de la sourde et muette, un petit engouement pour la langue des signes s'est formé. Sur les bords du bassin, il n'est pas rare de voir Emeline discuter avec les mains avec Athina. Les entraîneurs, Fabien et Pauline ont dû s'y mettre aussi. « Tout le monde découvre cette année. La surdité, ça a beau être un handicap qui n'est pas physique mais ça déroute. C'est un gros challenge pour le Creps, pour Athina et moi », déclare Sarah. Au lycée aussi, certains professeurs se forment à la langue des signes et le centre de documentation a acheté un dictionnaire de la langue des signes.

« Incroyable que l'on puisse tout dire avec ses dix doigts »


C'est également la première fois que Sarah occupe un poste de ce genre. « Avant, je travaillais dans un établissement scolaire spécialisé mais c'était en collectif. Là, c'est différent, je ne m'occupe que d'Athina. » Sarah a découvert un peu par hasard la langue des signes. Ça l'a tout de suite passionnée. « J'ai fait une formation pendant cinq mois. Je voulais continuer dans cette voix. Je trouve ça incroyable que l'on puisse tout dire avec ses dix doigts. »

Et Sarah s'est elle aussi jetée à l'eau pour plonger dans un monde qu'elle découvre cette année. Celui de la natation. « Je ne connaissais pas du tout ce sport. Pour moi, un 400 mètres nage libre, ça ne voulait rien dire. Mais je me suis adapté à ce langage de la natation. » Chaque lundi, Sarah prend même des cours de natation à la piscine. « Ça m'aide à comprendre ses sensations et j'arrive mieux a lui expliquer les consignes de Fabien à l'entraînement. »

Sarah et Athina forment une équipe au sein même de l'équipe du pôle. Et c'est une première. Une relation sans mot, mais avec beaucoup de coeur.

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