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Sports-Auvergne Handisport
Photo © Dominique Parat

Dans le grand bain du pôle France

Cette saison, La Montagne s’immerge dans les coulisses du pôle France handisport du Creps. Durant une année, ces sportifs vivent en vase clos. Top départ.

L'odeur chlorée du Stade aquatique est imprégnée dans les narines. Chaque jour, les nageurs du pôle France passe de nombreuses heures dans l'eau. Une course contre la montre quotidienne. Contre un emploi du temps démentiel, contre le chrono des performances, contre un handicap. Même si une fois dans le bassin, tout le monde est logé à la même enseigne. Avec un objectif commun : nager encore et toujours plus vite.

Levés à 5 h 40 précises, ces jeunes de 15 à 19 ans ont enchaîné l'entraînement du matin et leur journée de cours respective lorsqu'il faut de nouveau se jeter à l'eau en fin d'après-midi. Lunettes, bonnet arborant les couleurs de son club, tuba, palmes. L'attirail du parfait nageur de compétition.

Fabien, l'un des deux entraîneurs du pôle avec Pauline, annonce les consignes pour l'échauffement : « Vous alternez 200 pap, crawl et 200 pap. » La particularité du coach, c'est qu'il est bilingue. En français et en langue des signes. Enfin, il essaie. Car une nageuse atteinte de cécité au pôle, c'est une première. Il s'agit d'Athina, elle est en classe de seconde. Du coup, tout le monde commence à s'y mettre. « Le père d'Athina est formateur en langue des signes, il nous avait fait une petite formation en fin d'année dernière. On apprend petit à petit. Ça peut poser des petits soucis de communication mais on a d'autres biais pour communiquer », poursuit Fabien. Athina ne lit pas sur les lèvres. Mais son acquiescement atteste que l'adolescente a compris l'exercice. À côté d'elle, sa copine Emeline se fait un plaisir de jouer les traductrices en herbe.

Le grand ballet de l'entraînement peut commencer. Les longueurs s'enchaînent inlassablement. Nicolas, l'aîné du groupe, 19 ans, arrive en retard. Ne sortant de cours qu'à 17 heures de son BTS à Presles, le jeune homme explique à son entraîneur : « Je vais essayer de négocier avec le prof pour sortir à 45 au lieu de 55. » Car le pôle ne bénéficie pas d'horaires aménagées. Les journées sont donc à flux tendu. « C'est tout le temps la course !, sourit l'entraîneur. Faut pas qu'il soit en retard en cours. »

« Pas l'impression de faire un métier différent »


Entre deux exercices, Athina et Théo chahutent en s'envoyant de l'eau au visage. L'objectif de performance n'efface l'esprit taquin de ces adolescents. En vase clos durant un an, l'attachement de ces jeunes avec les encadrants est incontournable. « Il y a une relation plus sympa avec eux qu'avec des "valides". Ils sont plus reconnaissants de ce qui est fait pour eux. Ils arrivent avec un vrai projet de vie et sportif. »

Pour l'entraîneur, qui entraînait des jeunes nageurs valides auparavant, il n'y a finalement pas tellement de différence avec des « handis ». « De l'extérieur, on peut penser que c'est compliqué, qu'ils n'ont pas les mêmes capacités que les autres mais en fait, ils sont dans l'eau, ils ont les mêmes impulsions, etc. Il faut s'adapter, c'est tout. Mais je n'ai pas l'impression de faire un métier différent. »

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