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Photo © Droits Reserves

Patrick Depailler, héros pour l’éternité

La mort l’a fauché en pleine force de l’âge au volant de son Alfa Roméo, le 1er août 1980. Le Clermontois Patrick Depailler restera pour l’éternité ce pilote volontaire et si populaire.

L’ émotion est vive ce funeste 1er août 1980. C’est la consternation, devant le petit écran, quand l’info tombe. Patrick Depailler est mort. Le pilote automobile clermontois s’est tué au volant de sa monoplace, lors d’une séance d’essais privés sur le circuit d’Hockenheim, en amont du Grand Prix d’Allemagne. Sa femme, Michèle et son fils, Loïc, apprennent la terrible nouvelle par la télé, en même temps que la France entière. « Le choc a été brutal », se rappelle Loïc Depailler,7ans à l’époque, mais suffisamment grand pour n’avoir rien oublié de cette maudite journée.

Un choc, devant la télé !

« Je m’en souviens encore aujourd’hui. Le team Alfa Romeo n’avait pas prévenu ma mère. Personne n’avait pris la peine d’amortir un peu le choc, c’est hallucinant », décrit Loïc Depailler, dont le papa s’est tué, au volant de son Alfa. Que s’est­-il réellement passé ? Pourquoi la monoplace a subitement quitté sa trajectoire à 280 km/h dans la grande courbe appelée Ostkurve, avant de s’abîmer dans les rails ? Probablement à cause d’une défaillance technique, même si ce n’est pas l’explication donnée à l’époque par l’écurie italienne.

Alfa évoque un malaise de son pilote, qui ne se serait pas tout à fait remis de son accident de delta­plane, survenu un an plus tôt, au puy de Dôme. Son fils, Loïc, est loin de souscrire à cette thèse accréditant un pépin physique. « Mon père a subi de nombreuses opérations aux jambes pour qu’il puisse remarcher après son gros accident de delta­plane. Et c’est vrai, quand il a repris la saison suivante avec Alfa, il était assez diminué physiquement. Mais on en était à la mi-­saison quand il est décédé et il était parfaitement en forme. » 

Le pilote auvergnat n’a d’ailleurs pas failli lors des huit premiers Grand Prix, dans le baquet d’une Alfa peu compétitive, jamais dans les points. Lors de ces essais à Hockenheim, Patrick Depailler a sans doute été trahi par une casse mécanique. L’hypothèse retenue la plus fréquemment est celle du blocage d’une jupe, la F1 devenant inconduisible privée de son effet de sol. Le bris d’un bras de suspension peut aussi expliquer la sortie de piste fatale au pilote auvergnat.

« Un enterrement par an »

Une semaine après ce drame, Jacques Laffite, son ami et ancien coéquipier, remportait le Grand Prix d’Allemagne dans le baquet de la Ligier et refusait de déboucher le Jéroboam de champagne, sur le podium. La F1 était en deuil, comme trop souvent à cette époque-­là. « Mes parents assistaient au minimum à un enterrement par an. C’était un sport plus que dangereux », évoque Loïc Depailler. La vie des pilotes se jouait sur les circuits à la roulette russe. Patrick Depailler avait d’ailleurs gagné ses galons de titulaire en F1, en 1974, chez Tyrrell, après la tragique disparition de François Cevert, son grand rival dans le cœur des Français. Lui aussi mort dans sa Formule 1, en séance d’essais.

Quelle belle ascension pour le Clermontois, qui a gravi un à un tous les échelons, des courses régionales à la F1. Mais l’écurie de Ken Tyrrell ne domine plus comme au début des seventies, avec Jacky Stewart. Et Depailler doit se contenter de nombreux accessits ,à défaut de victoire. « Mon père est arrivé chez Tyrrell au moment où l’écurie est au creux de la vague. Il y a eu en plus la période Tyrrell P34, la fameuse six roues. La voiture était sublime, mais pas forcément très performante. Et c’est vrai, ça l’a handicapé pendant deux saisons (1976­-77). » Non seulement, le Clermontois n’a pas la meilleure auto du plateau, mais il est en plus « chat noir », confie Loïc. La baraka, il ne connaît pas. Le manque de réussite, si. La déveine, même. « Avant sa première victoire, en 1978, à Monaco, il aurait dû gagner une dizaine de fois, si on comptabilise tous ses abandons au moment où il est soit en tête, soit dans le top 3. »

1979 avait si bien débuté…

Sa carrière prend cependant un nouvel essor, quand Guy Ligier l’associe dans son écurie à Jacques Laffite, en 1979. Bien née, la JS11 permet à Ligier de démarrer pied au plancher, en remportant les trois premiers Grands Prix : deux pour Laffite (Brésil, Argentine), un pour Depailler (Espagne), son deuxième en F1, sur le circuit de Jarama. Pour une fois que les planètes semblaient enfin bien alignées, l’Auvergnat allait tout compromettre en frôlant la mort en delda­plane, juste avant le Grand Prix de France. « Cela aurait dû être son année, 1979 », estime Loïc Depailler, sans reprocher à son père son attirance pour « les sports à risques ». « Il faisait de la plongée sous marine et également beaucoup de moto. » Beaucoup trop au goût de ses teams managers. « Je crois d’ailleurs que ça lui était interdit dans son contrat, chez Ligier, avance son fils. C’est peut-­être pour ça qu’il s’est mis au delta­plane. »

En tout cas, après sa longue convalescence, Guy Ligier l’a remercié, lui préférant Didier Pironi. Et c’est chez Alfa­-Roméo, revenant en F1, qu’il a retrouvé un volant. Mais le 1er août 1980, la mort frappe et l’emporte. Si le temps a passé, son souvenir demeure vivace pour des générations d’Auvergnats et des passionnés de sport auto. Ils gardent en mémoire l’image d’un pilote généreux et d’un champion populaire, en plein âge d’or de la Formule 1.

 

Raphaël Rochette

 

Le Poulidor de la F1.
Durant sa carrière, Patrick Depailler s’est forgé une réputation d’éternel second. La réussite lui a souvent fait défaut alors qu’il pouvait espérer s’imposer, qu’il menait même la course avant qu’une casse mécanique n’anéantisse ses espoirs de victoire. En 95 Grands Prix, l’Auvergnat est monté à dix-neuf reprises sur le podium, mais n’a gagné que deux fois. Il compte en revanche dix 2e places et sept 3e positions. Un palmarès à la « Poupou ». D’où son surnom de « Poulidor de la F1 ». La baraka l’a donc fui jusqu’à son triomphe en Principauté, le 7 mai 1978. Le Clermontois en est à son 69e Grand Prix quand, au volant de sa Tyrell 008, il devance le champion du monde Niki Lauda dans les rues monégasques. Sa conquête du Graal lui aura pris cinq ans. Mais sa quête valait le coup, avec ce succès dans le plus prestigieux des Grands Prix.

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