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Photo © Photo Thierry Lindauer

Kilian Jornet : "Le meilleur souvenir, c'est demain"

Ses incroyables exploits et records valent à l’ultra-traileur catalan le surnom d’ultra-terrestre. Kilian Jornet ? Un coureur ultra-modeste, qui vit en symbiose avec la nature. Entretien avec une belle personne.

Vous relevez encore de blessure, une fracture du péroné à la Pierra Menta : comment allez-vous ? 

« J'en suis à un peu moins de deux mois de ma chute, j'ai enlevé l'attelle, il y a trois semaines, et je n'ai pas de douleur particulière. Je commence à faire un peu de vélo, de marche à pied. C'est bien de commencer de bouger un peu, de me préparer avec des moyens non agressifs mais je ne peux pas encore courir normalement. »

Avez-vous estimé le moment de votre reprise ? 

« Je ne sais pas quand je vais reprendre ; la priorité, c'est de bien récupérer. En fait, je le ferai une fois que je me sentirai en forme. J'espère être bien au mois de juillet. J'aimerais faire une course de Golden Trail Séries, comme le Marathon du Mont-Blanc (1er juillet ), Sierre-Zinal (12 août, Suisse) ; après il y a des longues distances que j'aime beaucoup comme l'UTMB ( 27 août), le Hardrock 100 (20 juillet, Colorado). Mais je ne sais pas encore si je ferai du long ou du court. Ce sera en fonction. »

Ne plus courir, avez-vous pensé que cela vous arriverait un jour ou bien songez-vous courir toute votre vie ? 

« Non, c'est sûr que j'arrêterai un jour de courir. Mais ce jour-là, je pourrai marcher. Et puis le jour où je ne pourrai plus marcher, il y aura encore la contemplation des montagnes. En fait, il y a courir et courir en compétition avec le but de gagner. Je me considère amateur dans le sport, parce qu'amateur, ça vient d'aimer et moi la course, je l'aime. Après, il y a effectivement le côté professionnel qui est autre chose. Mais la compétition de haut niveau dépend du corps et quand il dit « basta » ou si la motivation dit « j'en ai marre », on passe à un autre but, un autre plaisir. »

Dans votre carrière de géant, quel est votre meilleur souvenir ? 

« Moi je dis, le meilleur souvenir, c'est celui de demain. C'est les projets, c'est rêver, avoir des idées, penser à des choses nouvelles même si je ne vais pas le faire mais d'autres vont le faire. Le passé, c'est toujours intéressant comme apprentissage, mais je ne suis pas quelqu'un qui le regarde. Après, au niveau émotionnel, c'est vrai que les premières victoires sont toujours plus fortes. Je sais que je ne vais jamais sentir la même émotion que lors de ma première victoire sur la Pierra Menta. »

A ce propos justement, êtes-vous plutôt un coureur ou un skieur ? 

« Je suis une personne qui aime aller en montagne, aller en montagne tout le temps. En hiver on y va à ski, en été on y va à pied. Les disciplines ne sont pas des sports, mais des outils, le ski en hiver, les baskets en été, pour se déplacer en montagne. »

D'où vous viennent vos capacités hors normes ? 

« Elles ne sont pas hors normes. C'est vrai que j'ai une génétique plutôt adaptée pour les sports que je fais. Si je devais faire du basket, je ne ferais rien avec mon 1,70 m et mon physique assez maigre. Après, la génétique peut t'amener vers un côté ou un autre, mais il y a des années de boulot. Plus tôt tu commences, plus ton corps s'adapte à l'activité. Depuis l'âge d'un an et demi, j'ai fait de longues sorties en montagne. »

Le corps, certes, mais qu'est-ce qui vous pousse à faire des épreuves aussi longues, aussi dangereuse, à monter deux fois l'Everest par exemple ? 

« Je pense qu'il y a des motivations différentes. La plus simple, c'est la compétition, gagner ; mais elle fonctionne, elle permet de s'entraîner, de pousser plus dur. Après, il y a des motivations de plaisir, égoïste. Pour moi, aller en montagne intervient dans mon corps. J'ai besoin d'être dans la nature, dans la montagne pour mon bien-être. Et il y a aussi le côté défi ou recherche de ce qu'il est possible de faire, de quelle façon, et puis essayer et goûter. »

Et vous n'avez jamais peur ? 

« Si, j'ai peur et c'est une chose qui est nécessaire. Sinon on pourrait monter un bâtiment de 10 étages et sauter par la fenêtre parce qu'on n'aurait pas peur de mourir. Je pense que la peur doit être objective. Dans sa tête il faut savoir se dire ''je suis capable de faire ça ou pas'' ».

Quel message voulez-vous transmettre ? 

« Ce n'est pas à moi de passer un message. Le sport est très mis en avant. Moi je cours bien, je sais mettre un pied devant l'autre rapidement. Mais je ne suis pas un professeur, un enseignant, un philosophe, un scientifique qui ont des choses plus intéressantes à dire. Peut-être que la communication que je peux donner avec cette notoriété, c'est déjà le fait de réfléchir, de penser. On habite dans un monde tellement rapide qu'on ne réfléchit pas assez en profondeur ; on vit la seconde, on vit le moment, on ne se regarde pas nous-mêmes. Il faut penser à l'environnement ; penser qu'on est un animal qui fait partie d'un tout. »

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