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Photo © MARCO BERTORELLO

Franck Alaphilippe : "Julian veut gagner des étapes, lever les bras"

Actuel numéro 1 mondial*, Julian Alaphilippe a déjà remporté sept victoires cette saison. Son coach et cousin, Franck Alaphilippe, qui l'entraîne depuis ses débuts, évoque la suite de la carrière du coureur et son envie de ne pas se focaliser sur les grands tours pour l'instant.

Julian peut-il encore progresser ?

« Son point faible maintenant tout le monde le connaît : c'est la durée sur les longs cols. C'est là où pour l'instant il serait le plus "faible". Non pas parce que ce n'est pas un grimpeur. Il fait partie de cette catégorie. Mais sur les longs cols abordés très vite, c'est encore son point faible. Je pense qu'il peut encore progresser dans ce domaine-là.

Quand on voit son arrivée au sprint lors du Milan - San Remo face à des sprinteurs comme Sagan et Trentin...

Sa victoire sur le Milan - San Remo a l'air d'avoir surpris, mais Julian a toujours été très rapide au sprint. Lors de ses débuts chez les professionnels, il exploitait peut-être moins sa rapidité. Il exploitait d'autres qualités, notamment son côté puncheur. Encore que je me souviens quelques étapes au Tour de Catalogne où il avait fini deux ou trois sur des arrivées. Qu'il remporte des sprints ne me surprend pas.

Pensez-vous qu'il a des limites ?

Sur la haute montagne. Souvent, quand un coureur assez complet passe chez les professionnels, on va l'orienter dans un domaine bien précis pour qu'il soit encore meilleur. Peut-être qu'en fonction de ses projets à plus long terme, il travaillera un peu plus dans ce domaine-là. Ce qu'il ne fait pas pour l'instant pas.

Peut-il espérer un meilleur classement sur les grands tours à l'avenir ?

Si Julian se consacrait sur un classement général d'un grand tour, je pense qu'il serait capable de faire un top 10. Sauf que lui, actuellement, ce n'est pas son projet de faire dixième d'un grand tour. Cela ne l'intéresse pas. Il veut gagner des étapes, lever les bras. C'est ce qui le booste.

Depuis longtemps, les Français cherchent un vainqueur de grand tour...

Dans la région, il y a un autre grand coureur, Romain Bardet. Mais si on compare le palmarès de Romain Bardet et celui de Julian, ils sont complètement différents. Romain Bardet axe une grande partie de sa saison sur le Tour de France. Je pense que Julian se construit un bon palmarès, car il ne pense pas au classement général. Il a pris un plaisir fou l'année dernière à gagner deux étapes. Pour faire un top 10, il faut suivre les 2-3 meilleurs tous les jours. C'est de la course d'attente. Ce n'est pas le tempérament de Julian.

Peut-on rester dans les mémoires sans gagner un grand tour ?

En France on a le plus grand tour. On est toujours à la recherche du Français susceptible de le remporter un jour. Comme Julian est en train de percer, les gens aimeraient qu'il en gagne un. Après je ne dis pas que dans les années futures, il ne change pas de projet. 

Quand il a débuté, pensiez-vous qu'il allait devenir le coureur qu'il est aujourd'hui ?

Très jeune on a détecté son potentiel. Une Vo2max importante, une très très bonne récupération... De là à ce qu'il gagne ces grosses classiques, évidemment non. Il progresse tous les ans. Il a vite atteint le très haut au niveau. Et son mental fait qu'il en veut toujours plus. C'est l'une de ses qualités premières. Des fois il me dit " Physiquement il y a des coureurs qui sont comme moi ", mais lui a une telle hargne... Il va au plus loin dans la douleur.

Depuis quelques mois, il habite en Andorre. Comment fonctionnez-vous désormais ?

Toujours pareil. Avant, on faisait les entraînements spécifiques ensemble. Mais sur son suivi et sa programmation d'entraînement, cela ne change rien. On le faisait déjà à distance. La relation que l'on a tous les deux reste la même. Sur une semaine, on se contacte environ six fois. 

Comment ça se passe pour les entraînements spécifiques désormais ?

On va rencontrer un problème pour la préparation avant son départ au Tour du Pays Basque car on ne l'a pas encore rencontré jusqu'ici. Il était en stage avec son équipe (Deceuninck-Quick Step) en début d'année. Il a enchaîné avec une course en Argentine. De l'Argentine il est allé en Colombie... Il avait enchaîné les courses, c'était un choix de notre part. Quand il était revenu à la maison une semaine, on a pu peaufiner sa préparation avant qu'il parte en Italie. Je ne sais pas si je vais aller au Pays Basque. On va en parler. »

(*) Au classement mondial UCI au 31 mars 2019, Julian Alaphilippe est classé 1er avec 3797.95 points, devant Alejandro Valverde (3437 points) et Primoz Roglic (3191.28).

 

Propos recueillis par Jéraud Mouchet

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