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Photo © Pierre COUBLE

Endurance : Erwan Nigon, numéro un toute la saison

Après une saison 2019 mémorable, dans l’équipe officielle Kawasaki, le Riomois Erwan Nigon roule cette année avec le n° 1 en mondial d’endurance. 

Votre Kawasaki a troqué son habituel n° 11 pour le n° 1, cette saison, en Mondial d’endurance. Vos impressions ?

« C’est un honneur, évidemment, mais ce n’est pas nouveau pour moi. Je l’avais déjà fait en 2014, quand je suis arrivé au SERT (Suzuki), l’équipe avec laquelle j’ai gagné mes premiers 24 Heures du Mans. Cela ne me met pas plus de pression. J’ai suffisamment de recul et d’expérience pour ne pas tomber dans ce piège-là. Ce qui est valorisant, c’est d’avoir été champion du monde avec Webike SRC Kawasaki. C’est un aboutissement pour moi qui suis en endurance depuis 2007. »

 

Une consécration qui est arrivée tardivement, à 36 ans. Vous y croyiez encore ?

« Franchement, oui. J’avais l’impression que tous les pilotes autour de moi, tous mes coéquipiers, devenaient champions du monde, sauf moi. Je me disais : “Ce n’est pas possible ! Cela va forcément matcher un jour ou l’autre”. Et ça a fini par arriver, c’est top. Mais il a fallu être patient. Ce qui est très frustrant, c’est d’être vice-champion du monde. Et je l’ai été trois fois. Deuxième, ce n’est pas important… »

 

« Avoir gagné les 24 Heures du Mans, c’est quelque chose »

 

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez été couronné à Suzuka ?

« C’était magique, d’autant plus que le SRC Kawasaki est mon équipe de cœur. Je faisais mon come-back avec eux. Tout le travail que j’ai pu faire durant des années a payé. On a des moments de gloire, d’autres qui sont difficiles. On se pose des questions, même en course, en pleine nuit : “Qu’est­ce que je fais là ? Pourquoi est­ce que je me fais aussi mal ? Pourquoi prendre autant de risques ?” »

 

Et la réponse est…

« Je l’ai eue aux 24 Heures du Mans, l’an dernier (il les a gagnés une deuxième fois, ndlr). Et puis trois minutes avant la fin des 8 Heures de Suzuka (la casse moteur de la Suzuki du SERT a offert le titre mondial au Riomois et ses coéquipiers de Kawasaki France, ndlr). On est titré ; voilà pourquoi je suis encore là. »

 

C’est passé fin les deux fois…

« C’est souvent le cas. On roule sur un fil. On prend énormément de risques. Des fois, cela ne passe pas. Il n’y a pas de règle. Durant six mois, la saison dernière, j’ai fait un travail parfait à chaque fois et puis d’un seul coup, je suis sur une série de chutes, sans comprendre vraiment pourquoi. C’est toute l’incertitude de ce sport. Si c’était si facile que cela, tout le monde y arriverait et me piquerait ma place en deux secondes. »

 

« En compétition, on n’a pas de vision à long terme »

 

Quel est votre meilleur souvenir ?

« Ma deuxième victoire au Mans, l’an passé. C’est une course mythique. Rouler aux 24 Heures du Mans, cela parle à tout le monde. Les avoir gagnées, c’est quelque chose ! En 2014, avec le SERT, on avait eu vite de l’avance ; on avait eu qu’à gérer pour s’imposer. Ce n’est pas aussi fort qu’en avril dernier. Je n’avais jamais fait une aussi bonne course d’endurance de ma vie. Du premier au dernier relais, on a roulé à bloc. On a gagné qu’après une lutte acharnée contre la Honda n° 111, mon ancienne équipe, celle de 2018. J’ai pris mes huit relais comme si c’était des courses de superbike. En étant à fond pendant près d’une heure. »

 

Vous avancez dans l’âge, prenez-vous toujours autant de risques ?

« J’en prends encore beaucoup, oui, mais j’observe plus. Quand on commence à avoir de la bouteille, on est obligé d’être malin, de se faufiler, d’avoir une bonne lecture de la course, des bagarres. Je n’ai plus la même attaque et je suis obligé de m’entraîner deux fois plus, maintenant, qu’à mes 25 ans, pour garder le même rythme. »

 

Pensez-vous à lâcher le guidon ?

« Je me vois continuer encore quelques années, mais je ne vais pas non plus m’éterniser. Et je réfléchirai si on me propose une reconversion. Parce qu’en compétition, on n’a pas de vision à long terme. On signe à chaque fois des contrats d’un an. Et si on n’est pas performant, on vous met à la porte. Jusqu’à présent, j’ai eu de la chance. On est toujours venu me débaucher, pour un salaire supérieur, alors que j’étais installé dans un team. »

 

Raphaël Rochette

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