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Photo © Richard Brunel

Doucende : "La descente en trail, ça s'apprend"

Et tout d’un coup, la pente s’inverse… la descente : certains l’appréhendent, d’autres s’en régalent. Un secteur clef du trail dévoilé par Grégory Doucende, traileur et enseignant-chercheur à l’Université de Perpignan.

Quelle est l’importance de la descente en trail ?

« On le voit notamment chez les athlètes de très haut niveau : les courses se jouent en descente. Or souvent ce facteur est négligé parce qu’on se dit qu’en trail, on passe du temps à monter et aussi qu’on veut être énergétiquement le plus fort, vu qu’il s’agit d’un sport d’endurance. Les athlètes travaillent beaucoup la montée et négligent cette partie. »

 

Sommes-nous à inégalité devant la descente ?

« D’un point de vue psychologique, complètement. Quelqu’un qui aime prendre des risques, naturellement, va être plus performant en descente. On n’est pas égal, non plus, au niveau perceptif. Quelqu’un qui a une mauvaise vision va forcément avoir des paramètres perceptifs moindres. Et puis après, il y a des paramètres de travail, des paramètres biomécaniques et de force musculaire qui vont rentrer en jeu. »

 

De quelle façon s’améliorer ?

« En jouant sur ces paramètres-­là. Les plus simples sont les biomécaniques, qui passent par les gammes d’athlétisme, le positionnement du pied, l’impact du pied au sol, etc. et les musculaires, avec le renforcement en salle de musculation, le travail spécifique pour augmenter l’explosivité au niveau des quadriceps. Le travail perceptif peut se faire à travers des applications sur les ordinateurs, sur les smartphones, des cellules pour réaliser des tests. Après, on peut aussi aller chercher dans d’autres sports, le VTT sur le contrôle des trajectoires, sur la prise d’informations ; les sports collectifs sur la prise d’informations ; le tennis, le badminton, du fait des projectiles qui vous obligent à une réaction rapide. »

« C’est très facile, car très peu coûteux en énergie »

Mais si on n’a pas de coach, comme 85 % des traileurs ?

« Qui n’en ont pas et qui n’en veulent pas. Parce qu’en fait le traileur aime bien gérer son truc par lui-même. C’est vrai que ce type d’évaluations permet au traileur de comprendre où il en est, de faire un bilan de compétence spécifique, de savoir quels sont points forts et points faibles et ce qu’il faut travailler. »

 

Comment réaliser, sinon, cette cartographie personnelle ?

« A ce jour, cela n’existe pas. La société qu’on est en train de monter, "Perf Trail", va proposer ces cartographies de performances en itinérant. On se déplacera dans des points référencés dont ici en Auvergne, vu qu’il y a des montagnes, et où l’on pourra faire des tests en milieu naturels. Les personnes pourront faire soit une cartographie de performances pour la descente, soit pour la montée, soit les deux. »

 

Finalement, tous les ultra-traileurs qui gagnent, sont les meilleurs descendeurs ?

« Pas forcément en ultra. Les meilleurs descendeurs, c’est surtout sur les formats trails courts, jusqu’à 40 kilomètres. Sur les formats ultra endurance, il faut étudier la répartition entre montées et descentes, mais souvent, étant donné que sur un ultra on passe vraiment beaucoup de temps en montée, la descente est un peu moins prépondérante. »

« Mieux vaut une séance de 45 minutes très qualitative plutôt qu’une séance de 3 heures très quantitative »

La grosse critique faite au trail, c’est le côté traumatisant de la descente, l’impact sur les genoux particulièrement.

« Justement, le fait d’aller jouer sur la biomécanique et le renforcement musculaire va permettre de limiter cet impact et cette traumatologie. Sans oublier l’aspect matériel, les chaussures notamment. »

 

Le bon traileur, c’est donc celui qui aura appris à descendre ?

« La descente, ça s’apprend forcément. Et c’est indispensable. Surtout que c’est très facile, car très peu coûteux en énergie, cela demande un petit peu de travail qui peut quasiment être des séances de récupération. Il suffit de bien les faire car c’est de la qualité. Mieux vaut une séance de 45 minutes très qualitative plutôt qu’une séance de 3 heures très quantitative. »

 

Francis Laporte

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