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Photo © Fred Marquet

Lemoine, le fleuret, le sabre et la banque

Le médaillé de bronze aux jeux Paralympiques de Rio est un salarié du Crédit Lyonnais. Jusqu’à présent, la priorité de Ludovic Lemoine allait au fleuret et au sabre, ses armes en compétition. Désormais, l’escrimeur chamaliérois, âgé de 30 ans, veut plus s’impliquer dans sa vie professionnelle.

Après avoir vécu des moments d'intense émotion pendant la quinzaine paralympique à Rio, Ludovic Lemoine a repris le cours d'une vie plus normale, en banlieue clermontoise. Le médaillé de bronze au sabre par équipe a retrouvé sa salle d'armes à la Rapière et aussi ses collègues de travail, à l'agence du Crédit Lyonnais de Chamalières.

L'escrime n'est pas un sport professionnel. On n'en vit pas, a fortiori en handisport. Ses études finies, l'octuple champion de France individuel a toujours concilié le boulot et le sport de haut niveau. Avec un master management des PME-PMI en poche, le Breton, arrivé à Clermont il y a dix ans, s'est mis en quête d'un travail.

« Je n'ai pas à me demander : comment vais-je payer mon loyer ce mois-ci ? »


Une obligation, mais le tireur de la Rapière de Chamalières considère surtout son embauche au LCL, en avril 2015, en tant que sportif de haut niveau, comme « un vrai plus ». « Un équilibre de vie », qui l'a placé « dans les meilleures dispositions pour préparer l'objectif Rio », souligne le capitaine de l'équipe de France d'escrime handisport, conseiller clientèle pour les professionnels.

« C'est un confort, au travers du salaire qui me permet de vivre, de partir sur les stages et les compétitions, sans avoir à me demander : comment est-ce que je vais arriver à payer mon loyer ce mois-ci ? » Dans le cadre d'une convention tripartite, passée avec l'entreprise et le Ministère des Sports, le sportif de haut niveau puydômois bénéficie d'horaires aménagés.

Le seul médaillé paralympique auvergnat à Rio a même pu totalement se consacrer à son sport une partie de cette année, sans perte de salaire. Il a géré son planning en accord avec son employeur. « Le principe, c'était d'avoir les meilleures clés en main pendant deux ans pour préparer Rio, explique-t-il. En 2015, j'avais 60% de détachement pour m'entraîner et j'étais à 40% au travail. En 2016, on est passé à 80/20. Et pour mettre un coup d'accélérateur, pour me concentrer sur Rio, on a regroupé les horaires de travail sur le début et la fin de l'année. De façon à ce que tout le printemps-été, correspondant à la fin de la période de qualification pour Rio, aux dernières échéances et à la préparation des Jeux en elle-même, avec des stages sans arrêt, je puisse me focaliser sur l'objectif. J'étais détaché à 100% à cette période-là. »

Auparavant, Lemoine a consacré autant de temps à son activité professionnelle qu'à ses entraînements, soit 20 heures par semaine. Une journée type pour lui se décompose en trois parties, toujours les mêmes : de la prépa physique le matin, son boulot l'après-midi et l'entraînement en salle d'armes, le soir.

Au Crédit Lyonnais, on ne regrette pas d'avoir tendu la main au champion chamaliérois, même s'il a bien davantage fréquenté la Rapière que l'agence. Cela va changer. À 30 ans, le tireur estime qu'il est temps de donner la priorité à sa vie familiale et professionnelle. « Je suis arrivé au sommet de mes capacités, confie-t-il. Aujourd'hui, je ne me sens pas de repartir pour quatre ans jusqu'à Tokyo. Je vais lever le pied. »

Une reconversion toute trouvée pour l'escrimeur


Avec moins de compétitions à son programme désormais et des ambitions moindres, son détachement au LCL va évoluer. « L'idée, pour l'année à venir, c'est d'inverser le 80/20 pour m'investir dans le travail. Et sur le plan sportif, j'ai surtout envie de prendre plaisir à faire mon sport, sans avoir la pression d'atteindre les objectifs. Accompagner les jeunes, espérer voir de nouveaux talents éclore, ce serait bien. »

Au moins, sa reconversion est toute trouvée. Il n'aura pas cette angoisse de l'après carrière, qu'éprouvent beaucoup de professionnels quand arrive l'heure de la retraite, la « petite mort » du sportif. Lui a déjà un métier dans les mains. La transition devrait donc se faire très naturellement, même s'il n'a pas encore pris toute la mesure de son poste, à la banque.

« Avec mon calendrier sportif, mon plan de formation a été très compliqué à mettre en place, précise-t-il. J'ai tellement de stages, on l'a laissé en stand-by. L'implication dans mon emploi va vraiment commencer maintenant. Avant, avec les obligations sportives, ce n'était pas possible de suivre les dossiers clients. Pendant un an et demi, on s'est donc orienté sur des tâches d'appui des collègues ou la présence à l'accueil. »

Une nouvelle vie s'ouvre à Ludovic Lemoine. « Mes principaux objectifs sont surtout familiaux », annonce le futur papa. Après 21 ans d'escrime, dont 13 années de haut niveau, on le verra moins à la salle d'armes et plus à son bureau. 



Quelques chiffres

25
Le nombre d'heures, par semaine, que Ludovic Lemoine a consacré à son entraînement les six derniers mois avant les jeux Paralympiques de Rio.

50
Le nombre de médailles obtenues par le Chamaliérois sur les championnats de France et internationaux, Jeux compris.

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