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Photo © christian stavel

Giorgi Tsutskiridze (Aurillac), touché mais pas coulé

Il devait s'envoler avec la Géorgie pour jouer sa première Coupe du monde au Japon. Victime d'une fracture, Giorgi Tsutskiridze a raté l'avion.  Pour autant, le 3e ligne aurillacois est quasiment sur pied. Et il n'a pas tiré un trait définitif sur le Mondial. Pour cette année, ou dans quatre ans.

Mardi 27 août 2019, Giorgi Tsukiridze a vu l’avion pour le Japon qu’il était en passe de prendre, s’éloigner au plus mauvais moment. La faute à une fracture de la fibula - l’autre nom du péroné - lors du premier match amical disputé par la Géorgie contre les Southern Kings. Mais, même s’il a depuis été remplacé dans le groupe par Mamuka Gorgodze, le joueur n’a pas totalement tiré un trait sur la Coupe du monde.Si Tsutskiridze va manquer le mondial, Saginadze (à gauche) y sera bien, tout comme Sharikadze.

1. La fracture et la prise en charge express

« Je sortais d’une longue saison, en club et en sélection. Avec beaucoup de temps de jeu. J’ai passé une grosse prépa de trois mois avec la Géorgie. Ça arrive après deux ans d’attente, où je réalisais que j’étais près de l’équipe nationale, puis dans les plans. Et là, premier match, cinq minutes de jeu, je me casse la jambe », détaille le 3e ligne. Stupeur pour le staff et gros coup sur la tête pour le joueur. Même si la prise en charge a été extrêmement rapide, grâce à un médecin, le Dr Gia Chumbouridze, au sujet duquel Giorgi ne tarit pas d’éloges.

Blessé à 19 heures, opéré à 23 heures... debout le lendemain

Présent au match, celui-ci a rapidement posé le diagnostic et programmé une opération, le soir-même. Avec la promesse de faire rejouer le joueur en 3-4 semaines. A 23 heures, Tsutskiridze passe donc sur la table d’opération. Et le lendemain, place au protocole de rééducation. Pour un joueur qui a très vite basculé. Histoire d’être opérationnel si le staff devait rappeler un joueur en cours de compétition.

« Ce que je me suis dit, c’est que, OK, je ne suis pas dans les 31, mais de mon côté, je vais tout faire pour revenir le plus tôt possible, en club ou en sélection. Surtout que le médecin avait dit ‘‘trois semaines’’. S’il l’a dit, c’est que c’était jouable. Le lendemain de l’opération, il est rentré dans la chambre à 11 heures. Et m’a dit : ‘‘Qu’est-ce que tu fais, pourquoi tu es au lit ? Viens marcher’’. Et il m’a fait marcher douze heures après l’opération ».

Giorgi Tsutskiridze (3e ligne d'Aurillac et des Lelos)

 

2. Soutenu au pays et dans le Cantal

« Dans la tête, je me suis dit, c’est foutu. Et aujourd’hui aussi j’ai les boules, admet l’international. Par contre, dans ces situations, c’est soit tu tombes dans la dépression, soit tu réagis très vite ».

Rapidement, après s’être demandé s’il restait en Géorgie, allait à Capbreton ou rentrait à la maison, à Aurillac, le 3e ligne opte pour la dernière option. Pour revenir le plus vite possible.

Mon papa, qui était là le jour de l’opération et après, m’a vraiment fait basculer sur le fait de ne pas baisser les bras. Il a joué ce rôle pour me remettre sur le bon chemin.

Giorgi prend alors contact avec Sebastien Delpiroux, le préparateur physique du club, et sa compagne Claire, kiné, pour savoir s’il pourrait être pris en charge au cas où il rentrerait en France.

« Il m’a répondu en m’envoyant le programme complet de la première semaine de rééducation, avec kiné et cardio, en me disant : ‘‘On va s’occuper de toi’’ », souffle le joueur. « Ça a marché. Et deux semaines et quatre jours après l’opération, je reprenais la course sur des marches ».

Volonté de fer et feu vert médical

La « vraie » course, c’était au menu de lundi dernier. « Trois semaines comme prévu ». Un retour rapide, mais pas précipité. « Je reviens le plus vite possible, mais en écoutant les médecins. Si tu as la volonté de revenir, et que les médecins te donnent le feu vert, c’est bon. Je pense que je suis bien suivi. Alors si j’ai le feu vert, il faut foncer, et ne pas se poser dix mille questions ».

 

3. Le rêve du Mondial avec la Géorgie

« Le staff peut rappeler un joueur à tout moment. Si après le match des Fidji, qui est le troisième, il y a besoin, ils peuvent m’appeler », observe l’Aurillacois. « Le visa est prêt, dans le passeport, je le garde précieusement, j’ai quand même cet espoir, sourit le joueur. A chaque séance que je fais, bien sûr, j’ai le Japon dans ma tête ».

Le 3e ligne aurillacois, alors sous le maillot briviste, avait connu sa première sélection avec l'équipe 1 des Lelos lors du Tournoi B 2017.

Mais si ça ne devait pas arriver, le 3e ligne qui n’a pas encore 23 ans (il les fêtera en novembre) aura d’autres occasions de vivre un Mondial. D’autant que le prochain ne sera pas n’importe où, puisque c’est la France qui prendra le relais du Japon en 2023. Un rendez-vous immanquable.

« Je le dis sans arrêt à notre génération. Les gars, en France, il faut qu’on sorte des poules. J'espère qu’on aura une grosse évolution entre 2019 et 2023. Tous les joueurs évoluent en France. C’est notre deuxième pays. On connaît tous les stades, on a tous grandi là-bas. 2023, ce sera à nous »,

Giorgi Tsutskiridze (22 ans, 17 sélections)

La sélection pourrait arriver à maturité à cette échéance. « Le staff a fait des choix sur des joueurs à des postes clés. Avec de la jeunesse ».

4. Quel parcours pour les Lelos au Japon ?

« Dans un premier temps, on a un objectif réaliste. Le minimum, c’est deux victoires. On vise bien sûr l’Uruguay et les Fidji. On veut aussi faire un très gros match contre le pays de Galles. Bien sûr, on sort de deux défaites contre l’Ecosse, après, ça ne veut rien dire. Ce sont des matches de préparation. Pourquoi ne pas faire douter les Gallois ? Lors des tests de novembre, on perd 13-6 chez eux, au Millenium. Pourquoi pas, dans un contexte de coupe du Monde, créer la surprise ? », veut croire Giorgi Tsutskiridze.

Des précédents qui permettent d'y croire

«  Quand on voit les matches un peu fous en Coupe du monde… Je retiens la victoire du Tonga contre la France en 2011, celle du Japon contre l’Afrique du Sud et notre défaite en 2007 contre l’Irlande. Pour ce match historique, on perd 14-10 ». Alors, oui, pourquoi pas créer la surprise, d’autant que le groupe sort d’une préparation « terrible », avec un groupe qui arrive à bloc.

      
5. Et la saison d’Aurillac ?

Si l’Asie ne restait qu’un rêve lointain, Giorgi Tsutskiridze pourrait très vite reprendre sous le maillot aurillacois. Certainement lors du deuxième bloc de Pro D2. Le 3e ligne a d’ailleurs eu un œil sur la Géorgie, et un autre sur son club.

S'il y a un coup à faire pour être dans les six premiers, c'est cette année

« On commence très bien la saison, sauf qu’il y a cette défaite à domicile qui nous tombe comme ça dessus. Je pensais vraiment qu’on allait assurer et qu’on ferait partie du haut de tableau dans le premier bloc. Après, ce n’est pas grave. Ça arrive de passer à côté. On a eu ce match compliqué à Grenoble. Je pense qu’il y avait quelque chose à faire », croit le 3e ligne qui se veut confiant pour la suite.

« Il y a un potentiel. C’est l’année où il y a quelque chose à faire après nos deux dernières saisons. Beaucoup de joueurs sont en fin de contrat. C’est un groupe qui a fait sa cohésion, qui s’est soudé avec les hauts et les bas qu’on a connus. S’il y a un coup à faire pour être dans les six, c’est cette année ».

Jean-Paul Cohade

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